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  CARACTERES ZOOLOGIQUES - ORIGINES

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par
Eugène GAYOT

 
  extrait de

LE CHIEN,
HISTOIRE NATURELLE
RACES D'UTILITE ET D'AGREMENT - REPRODUCTION-EDUCATION-HYGIENE-MALADIES-LEGISLATION

Eugène GAYOT
Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie , Imprimeurs de l'Institut de France, rue Jacob,56, PARIS, 1867

voir: livre numérisé par Google

Une page d'histoire naturelle

"au commencement Dieu créa l'homme, et, le voyant
si faible, il lui donna le chien."

TOUSSENEL
"C'est le chien qui fit de la chasse un plaisir et un
loisir
de la garde des troupeaux "
Almanach des bêtes

____________________

II

Quelle est l'origine du chien domestique ?

A cette première question les plus savants s'arrêtent.
Ce n'est pas une particularité exclusive à cette espèce.
La même ignorance, la même incertitude plutôt règnent sur d'autres, sur celle du mouton, du cochon, du pigeon....

On ne connaît pas mieux le départ de beaucoup d'espèces végétales, du blé entre autres, pour en citer une d'une réelle importance.
[....]

Toutes cependant procèdent d'un type connu; mais ce type primitif, d'où vient-il
Voilà ce qu'on ne réussit pas à découvrir aisément.

C'est l'histoire de tous, c'est plus particulièrement encore celle du chien, du chien auquel on ne s'est pas borné à demander quelques services, toujours les mêmes ou à peu près, en qui l'on ne s'est pas contenté de développer quelques qualités spéciales, mais de qui "l'on a tout exigé," suivant la judicieuse remarque de M.de Quatrefages, et que, suivant une trivialité pour laquelle je demande grâce, on a mis à toutes sauces.

[...]

III

Au-dessus ou à côté du chien domestique, on retrouve à l'état sauvage et le loup et le chacal, deux expèces primitives très voisines l'une de l'autre pour l'anatomiste du moins.
[...]
Les espèces anatomiques ne seraient donc en rien des espèces zoologiques.

Je reviens. De l'alliance du loup et du chacal serait né le chien, produit fécond, indéfiniment fécond de leurs entrailles.
Voilà déjà qui est gros.

On était allé plus loin encore en mêlant le renard aux deux autres; mais celui-ci paraît avoir été décidément éliminé d'une paternité apocryphe et plus exactement reconnue impossible.[...]

IV

Il n'en est plus ainsi ni du chacal et du chien ni du chien et du loup.
Ces espèces s'unissent entre elles.
Entre loups et chiennes, entre chiens et louves, les épousailles sont de notoriété publique.
[...]
Des grossesses s'ensuivent et, au terme assigné par la nature, naissent des petits chiens entre chien et loup, des métis qu'on a proposé, je crois, de nommer des canides. [...]
L'expérimentation directe s'est mise de la partie et a donné gain de cause aux métis
(PL II, fig 3) [....]
Buffon, après avoir échoué, a commencé; Frédéric Cuvier et M. Flourens ont été ses continuateurs heureux.
[...]

V

Les choses se passent exactement de même entre chiens et chacals. John Hunter et M. Flourens l'ont démontré expérimentalement
[...]
Je conclus : les chiens et les loups, les chacals et les chiens s'unissent et produisent ensemble.[...]

Eugène Gayot, 1867

Planches visibles dans l'ouvrage: Nos chiens d'antan, Société Francophone de Cynotechnie, éd. Maradi, B.P.30, 3120 Martisserre, 1994

.

 

A. LES ORIGINES

[...]

III

[...]

Si grande qu'ait été dans le passé, si grande qu'on la voie encore dans le présent, l'influence de la domesticité a été un peu exagérée.
[...]
Et pourquoi chercher si loin, pouquoi superposer ainsi les hypothèses, quand tout va de soi en admettant, ce qui est presque l'évidence, l'existence primitive de plusieurs types de chiens
[...]

En effet, n'oublions pas ceci : la plupart des grands types actuels étaient, il y a quatre mille ans, aussi caractérisés, aussi distincts les uns des autres qu'ils le sont aujourd'hui. Est-ce à dire que le chien était depuis longtemps déjà rallié à l'homme et que, sous l'étreinte des mille et une influences de la domesticité, son organisation avait subi les modifications diverses, profondes et héréditaires qui constituent définitivement les races; pure hypothèse,[...]

C'est pourtant, il faut bien en convenir, c'est pourtant quelque chose qu'une expérience de quarante siècles, et si, pendant cette longue période, qui embrasse tout le passé connu, certains types sont restés immuables, sur quoi peut-on se baser pour dire qu'auparavant ces types avaient varié

[...]

V

L'emprunt fait à M.Broca zool2 nous a mis en présence de deux opinions: l'une simple, presque évidente et surtout naturelle, explique la diversité des effets par la diversité des causes, et atttribue à des différences originelles les énormes divergences de forme et d'organisation qui existent dans la grande tribu des chiens plus ou moins domestiques;
l'autre, admise sans preuve pour les besoins d'un système, suppose, à l'encontre des probabilités et des apparences, que tous ces animaux, si dissemblables qu'on les voie, ne forment qu'une seule espèce et sont issus du même sang.

La première rendrait compte, sans la moindre difficulté, de tous les phénomènes connus, soit dans le présent, soit dans le passé;

elle ne compte qu'un petit nombre d'adhérents.

Le seconde est en opposition, en contradistion flagrante, il faut bien l'avouer, avec plusieurs faits d'une importance capitale;

mais elle a cours et tient le haut du pavé.


Toutes deux néanmoins croient à l'existence d'un ou plusieurs types primitifs du chien, et s'écartent en cela de celle qui, faisant descendre le chien de l'alliance entre elles d'espèces voisines vivant encore à l'état sauvage, soutient qu'il ne constitue pas une espèce naturelle primordiale, mais une création de seconde main en quelque sorte, une espèce mixte ou intermédiaire.[...]

De notre temps, on s'avance vers une autre assertion qui semble prendre une certaine consistance.

Tout prouve de plus en plus, écrit M. de Quatrefages, " que le chacal est le chien sauvage."[...]

B. LES VOISINS

I

Cuvier a composé le genre CHIEN (canis) des trois espèces, - LOUP, RENARD et CHACAL.

Bien qu'il ait donné son nom au groupe, le chien n'y est pas nommément compris. D'où vient cela? Il n'en a pas été de même pour nos autres espèces domestiques. le cheval, le boeuf, le mouton, [...]

Quoiqu'il en soit on n'étudie pas en général le chien comme espèce distincte, mais plutôt comme individu, pour ainsi parler, et l'espèce se fait sous le titre: LE CHIEN DOMESTIQUE.

Dans l'ignorance où l'on est quant à son origine, on en fait un animal sans attache, sans aïeux, sans famille, sans ascendance primordiale,[...]

... du temps de Buffon, les naturalistes ne voyaient plus le chien sauvage en aucun lieu de la terre, Daubenton en a fait la remarque et témoignait par là de l'impossibilité où il se trouvait de décrire les caractères propres à l'espèce avant son entière domestication.[...]

VI

C'est à l'occasion des distributions des récompenses aux exposants des races canines, en 1863, que M.de Quatrefages s'est exprimé [....]

" .........
La multiplicité même des formes et des proportions chez le chien est un des plus sérieux arguments à opposer à ceux qui veulent voir en lui le fruit du concours de plusieurs espèces.
Pour expliquer par la diversité des origines l'existence de toutes nos races canines, a dit Frédéric Cuvier, il faudrait admettre au moins cinquante espèces souches....

[...] et nous croirons en avoir assez dit pour vous amener à conclure avec Buffon, avec Linné, avec les deux Cuvier et les deux Geoffroy Saint-Hilaire, que tous les chiens appartiennent à une espèce unique.
Mais cette espèce a-t-elle été totalement domestiquée, si bien que nos chiens ne comptent plus de frères parmi les animaux sauvages
Linné et Buffon l'ont pensé; et ce dernier a même cru trouver dans le chien de berger le vrai chien de la nature.
C'était là une erreur facile à réfuter à l'époque même où la soutenaient les deux grands contemporains. [...]

Linné et Buffon ... ont dû se dire que le chien primitif ne pouvait avoir disparu et devait se retrouver parmi les espèces sauvages existantes, mais ils se trouvaient en présence d'une opinion généralement répandue et soutenue par Cardan, Zimmermann, Hunter,etc.., qu'ils ne pouvaient partager.

Ceux-ci ont voulu voir dans le loup le père du chien.

[...] hypothèse insoutenable de nos jours.

[...] A Guldenstadt et à Pallas revient l'honneur d'avoir démêlé la vérité.

[...] Plus que tout autre
Isidore Geoffroy a contribué à mettre hors de doute l'identité spécifique du chien et du chacal;

(de Quatrefages)

VIII

Je voudrais pouvoir admettre de confiancen et les yeux fermés, la doctrine exposée et défendue avec autant de talent que de conviction par l'éminent professeur de Muséum; mais la trouvant contestable sur plusieurs points, je demande au savant, non moins qu'à l'homme du monde, la permission de lui soumettre les doutes qui me restent.

[...] En comparant toutes choses entre chiens et chacals, entre loups et chiens, si l'on s'en tient aux groupes de ces derniers qui rappellent le plus ou le chacal ou le loup , il me semble voir des deux côtés une somme égale de rapports, d'analogies, d'identités même ; une parenté aussi étroite et complète.
[...]


[...] -
Me voici au terme de ma course et n'en suis pas beaucoup plus avancé [...]

L'origine du chien domestique est encore inconnue.

Eugène Gayot 1867

 

C. LES COSMOPOLITES

I

C'est ainsi qu'il faut désigner les chiens, ces citoyens du monde, sans patrie fixe, à l'origine douteuse, qu'on trouve dans toutes les parties habitées du globe et qu'on ne rencontre nulle part cependant, à l'état de nature, s'il est vrai, comme on l'assure, que ceux qu'on voit libres en Amérique, en Afrique et dans l'Inde, soient nés d'individus abandonnés par l'homme ou fortuitement échappés à son influence.
Le fait est qu'ils conservent les traces d'une longue servitude....

[...]

II

Le mot chien a, dans toutes les langues anciennes, une signification remarquable qui devient une particularité.

De l'hébreu, il se traduit ainsi: qui est de tout coeur; le coeur étant le siège des affections, on ne pouvait donner un nom mieux justifié à l'animal le plus affectueux et le plus caressant que l'on connût. La signification est la même pour l'appellation en langue grecque. La dénomination latine rappelle la fidélité et la prudence.

Ces étymologies, suivant la remarque d'un savant naturaliste, de Blainville, tendraient à prouver que le chien a été de tout temps un animal fidèle, caressant, prudent, attaché à l'homme, créé avec lui et pour lui.

Bien autre est la signification du nom donné au loup, lequel a pour synonymes les mots : égorgeur, assassin.
Cet animal, en effet, est indiqué depuis la plus haute antiquité comme le destructeur par excellence des troupeaux dont le chien a été, de tout temps aussi et par opposition, constitué le fidèle gardien, le défendseur intrépide. Quand on a pris le loup comme emblème on en a fait le symbole du dieu Mars, à cause de sa férocité et de son ardeur pour le carnage.

J'ignore quelle peut être, dans les langues anciennes, la signification du mot chacal: je serais bien surpris au peu de cas qu'on fait de l'animal, plus méprisé que redouté, je serais bien surpris que, dans l'étymologie, on trouvât la moindre trace de noblesse, d'estime ou de flatterie.

Si loin qu'on remonte, on voit distinctement le chacal et le chien. Si les deux avaient une commune origine, si l'un n'était que le descendant de l'autre, il est probable qu'à une époque quelconque, une seule dénomination les désignerait tous deux.
S'il en est autrement, c'est donc qu'on les a toujours considérés séparément, qu'on les a, dès les temps les plus éloignés, regardés comme appartenant à deux souches différentes

Cette observation, que je donne pour ce qu'elle vaut, n'est pas favorable à l'opinion d'une commune origine, et m'est avis qu'en voici déjà un certain nombre qui en détourneraient la pensée.

Je me résume: peu de faits probants pour beaucoup de présomptions contre.
[...]

Eugène Gayot 1867

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